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Histoire de la Fédération Sportive des Sourds de France
par Isabelle Malaurie, Présidente
(Extrait du livre de 80ème Anniversaire en 1998) |
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A Saint Jean du Gard, aux confins du pays cévenol, le 7 Mars 1884 naît Eugène Rubens Alcais. Il s'appelait en fait Alcais, les deux prénoms étaient Eugène-Rubens, ce dernier prénom fut si peu utilisé qu'on l'accolât plutôt à son nom de famille et devint Rubens-Alcais. Eugène entra à l'école communale de Dassurels (Lozère). Mais il devint sourd et entra comme pensionnaire de 1893 à 1900 à l'Institut national des Sourds-Muets de confession protestante, à Saint Hippolyte du Fort, dans le Département du Gard ; cette école existe toujours, et exerce l'enseignement en milieu éducatif pour les sourds protestants. Eugène Rubens-Alcais fut reçu au Certificat d'Etude Primaire et monta à Paris rejoindre sa famille. Lors de ses années de pension à Saint Hippolyte du Fort, pendant les vacances scolaires, le jeune Eugène participa avec ses camarades parisiens eux aussi handicapés, à la création du premier club sportif de vélo pour sourds. Il était très fier de cette création et fut un grand voyageur, toujours sur les routes, afin de prêcher partout les bienfaits du sport. A partir de ce moment, les sourds éblouis par cette découverte, commencèrent à sortir de leur isolement et décidèrent de s'intéresser aux autres sports et toutes les régions françaises participèrent à cet élan. Le premier club sportif de sourds omnisports fut le Club Sportif des Sourds-Muets de Paris fondé en 1910 par les anciens élèves de l'Institut Départemental Gustave Baguer d'Asnières, Institut situé dans les hauts de Seine, suivant l'orientation d'Eugène. La reconnaissance de la fondation du dit club fut officialisée par les pouvoirs Public en 1911 après le dépôt de ses statuts. Non content d'être un des pionniers de cette fondation, Eugène fut aussi l'instigateur de beaucoup d'autres clubs sportifs de sourds, dans tous les coins de France, tel Bordeaux avec l'Etoile Sportive des Sourds-Muets de Paris. Les rencontres sportives entre sourds suscitèrent énormément d'enthousiasme et d'admiration mais l'absence de règlements techniques rendait les résultats problématiques et contestables.
L'exemple fut très vite suivi hors des frontières de l'hexagone.
Des rencontres internationales eurent lieu, mais les Fédérations étrangères manquaient des structures d'arbitrages, et les différents règlements techniques entre pays amenaient souvent des difficultés.
Toujours plus haut ! notre grand Eugène proposait alors aux fédérations étrangères la fondation d'un organisme international pour superviser et homologuer les rencontres et ce fut l'instigation de la France que fut fondé le COMITE INTERNATIONAL DES SOURDS POUR SOURDS qui compte actuellement le nombre impressionnant de 78 pays affiliés. Les Jeux Silencieux internationaux, devenus ensuite les Jeux Mondiaux pour Sourds voyaient enfin jour, toujours grâce au pionnier Eugène Rubens-Alcais.
Le mot « Olympique » appartient exclusivement au Comité International Olympique. Néanmoins, le Comité International Olympique a reconnu officiellement le comité International des Sports pour Sourds pour son niveau sportif, ainsi que sa primauté dans la création des Comité Mondiaux de Sports consacrés aux personnes handicapées physiques.
C'est ainsi que lors de l'exposition Universelle de 1937, la Fédération Sportive des Sourds de France, reçut la médaille d'Or, une grande récompense en hommage à l'émergence du sport dit « des handicapés physiques » Les Fédérations Sportives Handisports, Inadaptés furent crées plus tardivement, suivant l'exemple de la F.S.S.F. ce dont bien sûr nous sommes très fiers.
Dans les années 20, Eugène travailla durement avec les six autres Fédérations Internationales existantes pour organiser les premiers jeux Mondiaux de Sourds, à Paris, lesquels se déroulèrent du 10 au 17 août 1924 au Stade Pershing, avec la participation de la Belgique, la Pologne, la Grande Bretagne, l'Italie, la Hollande et bien sûr, la France. Bien que ne possédant pas encore de fédérations Sportives officielles, il y eut aussi des participants venus de Hongrie, de Lettonie et de Roumanie.
Les épreuves disputées étaient l'athlétisme, le cyclisme, le football, la natation et le tir. Leur réussite fut grande, et l'enthousiasme à la hauteur des résultats.
Aussi, il devint indispensable, à l'image des Olympiades, de reprendre ces rencontres tous les quatre ans. Cette décision fut prise lors d'une réunion des dirigeants sportifs de tous les pays, à Paris, au Café de la Porte Dorée, au 275 Avenue Daumesnil dans le 12ème arrondissement, ce café existe toujours en 1998....
Et donc, le 16 août 1924, ce qui s'appelait encore le Comité International des Sports Silencieux, élisait comme Président Monsieur Eugène Rubens Alcais qu'on appellera toujours Le « Pierre de Coubertin sourd ». La Fédération Sportive n'a jamais manqué de s'engager aux Jeux Mondiaux, et en a toujours rapporté des médailles, que ce soit aux Jeux d'Eté ou aux Jeux d'Hiver. Elle s'est de même engagée dans les championnats d'Europe pour sourds avec un nombre impressionnant de médailles rapportées par nos athlètes, hommes et femmes. Ces championnats d'Europe sont supervisés par l'organisation sportive des Sourds d'Europe, en anglais : European Deaf Sport Organization (E.D.S.O.) Ce Comité Européen a vu le jour à Antibes en 1983, et continue à jouer un rôle prépondérant. Les derniers jeux Mondiaux d'Eté se sont déroulés au Danemark, à Copenhague, du 13 au 26 juillet 1997, ils furent des plus heureux pour la France, non par le nombre des spectateurs, non plus par le nombre de pays participants, mais par notre 2ème place sur le podium en football, battu c'est vrai par la Turquie en finale 3 à 1 mais que nous sommes quand même finalistes olympiques ! La Fédération Sportive a actuellement des entraîneurs entendants venant des Fédérations Olympiques et Préolympiques affiliées au Comité National Olympique et Sportif Français, nous avons avec eux les conventions afin que l'aide morale et physique nous soit apportée pour mener à bien le rôle de promotion du sport chez les sourds. Si nous devons apporter toutes nos louanges à l'équipe de France de football pour ce deuxième rang mondial, il faut remercier les entraîneurs entendants qui ont hissé cette équipe sur le podium international, preuve qu'ils nous sont devenus indispensables. Notre plus grand espoir est désormais que notre fédération arrive à compter au moins 10.000 membres, grâce notamment aux nouvelles licences de sports de loisirs. Cette exposition, à l'occasion des 80 ans de notre fédération, dont 40 ans sous l'ombre tutélaire de notre cher ami Eugène Rubens-Alcais, se doit d'être un hommage rendu aux hommes et aux femmes, dirigeants et participants, anciens et actuels du mouvement sportif des sourds, dont la devise et le but restent ceux d'Eugène Rubens-Alcais « Notre union, c'est notre force ».
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